février 2007
| Biographie Martin
Bucer Le ministère de Martin Bucer, peu connu et pourtant si fécond, a permis une véritable réformation de l'Eglise sachant allier modernité et fidélité à la révélation divine. Sensible à l'unité de l'Eglise, homme de terrain, ce réformateur de la première heure sera un précurseur influent.
Martin Bucer fait parti de cette toute première génération de Réformateurs nés dans les années 80-90 (du quinzième siècle !) qui eurent à défricher une troisième voie entre, d'une part la religion traditionnelle enfermée dans ses raisonnements scolastiques, et d'autre part un humanisme brillant et séduisant, qui ouvrait l'esprit, mais qui pouvait vite aussi déraper en célébration de l'homme aux dépens de la foi. Il nous faut être reconnaissants à Dieu d'avoir conduit des croyants vers une véritable réformation de l'Eglise qui a su allier modernité et fidélité à la révélation divine. Entré au couvent afin de pouvoir étudier, Martin Bucer, alors âgé de 21 ans, est ordonné prêtre. Il continue malgré tout ses études à l'université d'Heidelberg et c'est là qu'il est ébloui par les écrits d'Erasme. Erasme de Rotterdam était à l'aube du seizième siècle le grand érudit, la référence de la plupart des intellectuels à travers toute l'Europe. Tous les Réformateurs de la première heure ont une dette envers lui, mais il est vrai que Bucer s'en est particulièrement nourri au point que même dans ses derniers écrits on retrouve des tournures de style propre à Erasme ! Pourtant, il ne serait certainement pas devenu le Réformateur qu'il a été s'il n'y avait eu la rencontre, en 1518, avec Martin Luther. Ce dernier avait affiché ses fameuses thèses quelques mois auparavant à Wittenberg, et se trouvait de passage à Heidelberg pour soutenir une " dispute " publique en rapport, bien sûr, avec ses idées. Pour Bucer, c'est l'illumination déterminante. Il touche enfin du doigt ce qui est au cur du malheur de l'Eglise. Dès lors, il garde correspondance avec le moine augustin. Dans une de ses lettres, il lui déclare son enthousiasme : " Toi et Erasme, vous êtes notre grand espoir ". Ses prises de position en faveur de Luther le mettent en difficulté et il est contraint de quitter l'université d'Heidelberg. Ces circonstances l'amènent sur un chemin sûrement inattendu pour ce simple fils de tonnelier : il est engagé comme chapelain chez le comte Frédéric du Palatinat. C'est là qu'il va, pour la première fois, rencontrer l'empereur Charles-Quint. Ces contacts établis avec ces hommes qui tiennent dans leur main le sort d'une partie de l'Europe, les bons échanges qu'il a avec l'empereur, tout cela va préparer chez le futur Réformateur une vocation de diplomate qui ira de pair avec sa passion pour l'unité de la Réforme et même pour l'unité de l'Eglise en général. Un ministère d'union A partir de la fin des années 20 (du seizième siècle !) Martin Bucer va en effet dépenser une énergie considérable pour, dans un premier temps, rapprocher les points de vue de Zwingli, le Réformateur de Zurich, et celui de Luther. Bucer était convaincu qu'il fallait se rassembler dans une expression commune de la foi, non seulement parce que cela plaisait à Dieu, mais aussi pour des raisons politiques. En effet, Charles-Quint avait exprimé son incompréhension et son agacement vis-à-vis de ces réformes à tout va qui se produisaient un peu partout dans son empire. La menace d'une mise au pas des princes luthériens au moyen de la force se faisait de plus en plus précise. Montrer l'unité du mouvement, de la Suisse à l'Allemagne, pouvait être un gage de sérieux aux yeux de l'empereur, et pouvait également constituer la base d'une alliance militaire protestante qui obligerait Charles-Quint à y regarder à deux fois avant de s'engager dans une guerre. Ce fut ainsi un beau tour de force de parvenir à rassembler autour de lui, en 1529, les quatre autres Réformateurs les plus en vue à l'époque : Luther, Zwingli, Capiton et Oecolampade. Le résultat fut cependant mitigé car les divergences entre Zwingli et Luther au sujet de la cène étaient vraiment trop importantes. En revanche, l'unité politique des princes allemands va se réaliser et la " Ligue de Smalcalde " va se constituer. Elle tiendra Charles-Quint en respect durant une bonne quinzaine d'années, temps précieux durant lequel l'Evangile pourra être répandu librement. C'est dans ce même double mouvement,
à la fois politique et spirituel, que Bucer entame
ensuite, dans les années 30, des entretiens avec des
théologiens catholiques. Alors que les anabaptistes
s'étaient compromis dans des événements malheureux
comme la " guerre des paysans " (1525) ou
l'affaire du " royaume de Münster "
(1534-1535), et donnaient ainsi à la Réforme tout
entière un visage inquiétant, Bucer, lui, va s'employer
à rassurer. La réforme qu'il s'emploie à présenter
aux autorités du temps n'est pas le désordre, ce n'est
pas l'anarchie ou la révolution, ce n'est pas
l'abolition de l'Eglise mais au contraire sa rénovation
à la lumière des Saintes Ecritures. L'excommunication
de Luther par le pape avait, certes, donné le sentiment
que partisans du statu quo et rénovateurs ne
pouvaient que s'affronter dans un face à face
conflictuel, mais aux yeux de Bucer - et de beaucoup de
ses contemporains - les jeux n'étaient pas encore faits.
Bien des catholiques et des
" luthériens " espéraient en effet
la tenue d'un concile qui permettrait la réforme
effective de l'Eglise et de ce fait le maintien de
l'unité institutionnelle. Bucer s'engage donc dans un
dialogue " cuménique ". Mais Bucer ne fut pas seulement un homme de cabinet, de correspondance et d'entretiens diplomatiques, ce fut, sur le terrain, un véritable réformateur. Après son " stage " comme chapelain du Comte Frédéric, il revient en Alsace où il est nommé curé de la paroisse de Wissembourg. Ses velléités de réforme déplaisent rapidement à son évêque qui le chasse, six mois à peine après sa prise de fonction. Il se réfugie alors à Strasbourg. Arrivant dans cette ville au mois de mai 1523, il y découvre une cité où les idées nouvelles circulent assez librement. Il décide donc de s'y installer. Il y restera 25 ans et deviendra très vite le catalyseur du mécontentement, puis le leader chargé de conduire l'Eglise sur des routes nouvelles. La langue du peuple Son action est considérable et la place manquerait si l'on voulait en faire le détail. Retenons quelques faits marquants en commençant par l'audace qui a consisté à donner la messe en langue vernaculaire (alsacien) le 19 avril 1524, c'est-à-dire un an avant Luther, et cinq ans avant que la ville ne passe officiellement à la Réforme. En effet, suite aux innovations introduites par Bucer et largement approuvée par le peuple, le Conseil de la ville, son premier magistrat en tête, décide en 1529 de quitter le giron de Rome. La messe est abolie (c'est-à-dire le rituel sacrificiel qui en constitue l'essence) et les couvents sont fermés. Dès lors, Martin Bucer et son ami Capiton, en relation avec les autorités de la ville, sont chargés d'établir les règles qui seront en usage dans la cité. Il faut bien se rendre compte que Strasbourg est l'une des premières grandes villes d'Europe à proclamer son indépendance religieuse. Nous sommes donc en un temps où le " protestantisme " est encore à inventer ! Martin Bucer ouvre une voie que d'autres pourront ensuite emprunter. Ici, il faut mentionner l'influence que Bucer, et son action à Strasbourg, va avoir sur Jean Calvin. Dans les années 30, Strasbourg devient une cité refuge pour quantité de Français contraints de fuir leur pays pour cause de religion. Martin Bucer s'occupe personnellement de la situation de ces réfugiés et crée à leur intention une Eglise de langue française. En 1538, Jean Calvin qui tentait avec Guillaume Farel d'organiser la toute nouvelle Eglise réformée de Genève, se trouve soudain en disponibilité pour cause d'expulsion. Les Genevois, dans un premier temps, n'avaient guère apprécié les initiatives des Réformateurs ! Calvin décide donc de se rendre à Strasbourg où il fait connaissance de manière personnelle avec Martin Bucer. Ce dernier l'invite expressément à prendre en charge la communauté des réfugiés français en devenant leur pasteur. Jean Calvin, qui n'avait que 29 ans, découvre alors une cité et une Eglise ancrées dans la Réforme depuis déjà une dizaine d'années. Il y apprend beaucoup, notamment dans l'art de célébrer le culte. Sa réussite future à Genève, il la doit pour une part à son séjour strasbourgeois. Martin Bucer aurait sans doute fini ses jours dans son Alsace maternelle s'il n'y avait eu la guerre et la défaite de la " Ligue de Smalcalde " contre les armées impériales. Le tribut à payer fut lourd, et l'une de ses conséquences fut l'expulsion obligatoire de Bucer hors de l'empire. Il se rendit donc en Angleterre où il reçut un excellent accueil, notamment par le roi Edouard VI, et où il exerça à nouveau une influence bienfaisante. A sa mort, en 1551, l'Angleterre lui rendit un hommage à la mesure de son uvre que les chrétiens du XXIème siècle ne devraient pas ignorer. Daniel Bergèse |